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14.06.2007

GUSTAVE FAYET, PEINTRE DU MYSTERE

Gustave Fayet (Béziers, 20 mai 1865 - Carcassonne, 24 septembre 1925) fut un peintre français dont l'œuvre est proche de celles de Paul Gauguin et d'Odilon Redon. Il apprit le métier de peintre auprès de son père, Gabriel Fayet, et de son oncle, Léon Fayet, tous deux admirateurs de Daubigny, Adolphe Monticelli, et Camille Corot.

Le style de Gustave Fayet est très personnel, loin des préoccupations impressionnistes et académiques, plus proche du symbolisme. Gustave Fayet était également collectionneur, possédant des œuvres de Degas, Manet, Monet, Pissarro et surtout Odilon Redon et Paul Gauguin, dont il fut l'un des premiers collectionneurs (avec George-Daniel de Monfreid) et l'un des principaux prêteurs pour les rétrospectives de ce dernier à Weimar en 1905 et à Paris en 1906. En 1908, il acquiert l'Abbaye de Fontfroide (au sud de Narbonne), qu'il s'attache à restaurer et y installe des œuvres commandées à ses amis peintres, notamment Odilon Redon ainsi que des vitraux qu'il réalise en collaboration avec le maître verrier Richard Burgsthal.

Homme à la curiosité universelle et à l'œuvre hétéroclyte, tant par la richesse des styles que des techniques explorées (peinture à l'huile, aquarelles d'une grande finesse, gravures monochromes, cartons de tapisserie, tapis, céramiques, etc.). Gustave Fayet compte parmi les personnages les plus méconnus de l'art entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Les œuvres de Fayet sont représentées dans de nombreuses collections particulières, ainsi qu'au musée de Béziers ( hôtel Fayet ) et à l'abbaye de Fontfroide qui accueille une "Salle Fayet" depuis 2006. Cette même année, le musée d'Elne (Pyrénées-Orientales) lui consacre une rétrospective et publie un catalogue (éditions Indigène - Montpellier ).

RICHARD BURGSTHAL, MAITRE VERRIER

Mlle Claude Arnaud a soutenu en octobre 1995 à l'Université de Toulouse-Le Mirail un mémoire de maîtrise intitulé Richard Burgsthal à l'abbaye de Fontfroide (peintures et vitraux). La naissance d'un maître-verrier, mémoire volumineux de 197 pages, accompagné d'un album richement illustré de 102 figures, pour l'essentiel des photographies de l'auteur.

Cette étude, dirigée par M. Louis Peyrusse, mérite d'attirer l'attention de la Société Archéologique du Midi de la France pour les qualités dont elle témoigne : construction rigoureuse du développement, rédaction irréprochable (ou presque), ampleur de la recherche, et surtout finesse de la réflexion et de l'analyse face à un sujet beaucoup plus complexe qu'il ne pourrait sembler.


Le mémoire de maîtrise de Mlle Arnaud sort de l'oubli une des principales figures de l'art du vitrail du XXe siècle. En effet, aucune étude n'avait été consacrée jusqu'alors à Richard Burgsthal, lacune d'autant plus étonnante que l'œuvre de ce dernier paraît particulièrement vaste, à en croire l'essai d'inventaire (non exhaustif) des monuments pour lesquels Burgsthal a créé des vitraux modernes ou restauré des vitraux anciens. Cet inventaire dressé par Mlle Arnaud ne compte pas moins de soixante-neuf monuments, pour la plupart dans le Midi de la France, parmi lesquels des monuments prestigieux : les cathédrales de Carcassonne, Narbonne, Albi, Saint-Bertrand-de-Comminges, etc.

Parmi tous ces chantiers, Mlle Arnaud propose l'analyse du premier d'entre eux, peut-être le plus riche et le plus passionnant : celui de l'abbaye de Fontfroide.


Cependant, sa maîtrise ne se limite pas à l'étude strictement monographique des œuvres de Fontfroide. La première partie, consacrée à la biographie de cet artiste singulier, met en évidence une formation intellectuelle et une culture artistique des plus inattendues.


René Billa (qui prendra le pseudonyme de Richard Burgsthal) est né à Nice en 1884. Très rapidement, il s'oriente vers des études musicales et rencontre Rita Strolh - sa future épouse -, pianiste et compositeur, qui l'introduit dans l'univers de Wagner. Burgsthal s'imprègne de la culture symboliste de la fin du XIXe siècle. Il se passionne pour les mythes les plus rares, les légendes teintées d'ésotérisme, l'alchimie, Baudelaire et la poésie symboliste, la philosophie de Nietzsche, et voue un culte inconditionnel à Wagner qu'il ne reniera jamais jusqu'à sa mort en 1944.
Burgsthal entame une carrière de peintre vers 1905, mais l'événement décisif, qui orientera sa vie et son œuvre vers l'art du vitrail, a lieu en 1910 : il s'agit de la rencontre avec Gustave Fayet, son premier mécène, passionné d'hermétisme.


Fayet s'est porté acquéreur de l'abbaye de Fontfroide en 1908 et en a fait un des hauts lieux du mouvement hermétique, en particulier grâce à la présence d'Odilon Redon qui décore la bibliothèque entre 1909 et 1912.
D'abord musicien puis peintre et aquarelliste, Burgsthal devient pour Fontfroide maître-verrier. Au printemps 1912, il crée grâce au financement de Fayet sa propre fabrique de verre spécialement pour les verrières de Fontfroide, près de Bièvres dans la vallée de Chevreuse. La singularité de ce lieu mérite d'être évoquée car elle révèle l'univers mental de Burgsthal : parallèlement à l'atelier de verrières, Burgsthal et son épouse aménagèrent un théâtre lyrique dont ils entendaient faire un « petit Bayreuth » !


L'œuvre de Burgsthal à Fontfroide se constitue par étapes successives entre 1910 et 1925 :

  1. Composition à partir de fragments anciens (XVIe siècle), sans doute originaires de la cathédrale de Narbonne. Remontés avec des verres modernes, Burgsthal en fait des fenêtres pour l'escalier d'honneur, le dortoir des moines (transformé en salle de musique), le cellier au rez-de-chaussée, et surtout le dortoir des convers.
  2. Toiles peintes de la salle à manger (1912-1914). Cinq triptyques et un tondo sur des thèmes iconographiques hermétiques, illustrant certains mythes indiens à partir d'une nouvelle de Villiers de l'Isle-Adam intitulée Akedysséril, l'Armide de Gluck, l'histoire de Sémiramis, l'opéra de Rameau Hippolyte et Aricie et Tristan et Isolde de Wagner.
  3. Fresques et vitraux-papier de la salle de musique, sans doute le chef-d'œuvre de Burgsthal à Fontfroide (1911-1912). Deux grandes lunettes peintes à fresque sur les murs aveugles sur le thème du Vaisseau Fantôme et de la Musique Sacrée ; quatre grandes baies ornées de vitraux-papier (aquarelle sur papier de Chine enchâssés entre deux plaques de verre) sur le thème de la Tétralogie de Wagner. On note en particulier l'aspect saisissant de la grande baie du mur ouest et l'abstraction colorée parfois très proche de l'œuvre développée au même moment par Kandinsky à Murnau.
  4. Vitraux de l'église, chantier considérable qui dure de 1914 à 1925. Burgsthal passe par plusieurs phases de son évolution stylistique et de son inspiration pour finalement se conformer à des schémas généraux plus archéologiques, sans se départir toutefois d'une modernité évidente dans le dessin qui le rapproche parfois des Nabis et de Maurice Denis. Ce chantier annonce ses œuvres exécutées pour le compte des Monuments historiques. Les thèmes sont plus conventionnels mais avec un goût marqué pour les aspects eschatologiques.

Burgsthal se situe ici dans la lignée des maîtres-verriers du XIXe siècle (les Thiboud, Thévenot, etc.) qui recherchèrent les « secrets » de fabrication du vitrail médiéval. À partir de la lecture des traités du Moyen Âge (le moine Théophile…), Burgsthal mit au point son propre four et ses propres techniques de fabrication, de coloration, de cuisson.
Sans forcément se conformer au génie du lieu (Fontfroide est une abbaye cistercienne !), il dota une quantité d'édifices médiévaux de verrières qui renouent avec un art de la pleine couleur que l'on n'avait plus revu depuis le XIIIe siècle.