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29.08.2007
VALENTIN BRESLE
Valentin BRESLE et le magisme poétiste
Quel étrange cabinet de travail que celui de M. Valentin Bresle ! Un sanctuaire plutôt, ou une loge de mystères, ou un ermitage de sorcier médiéval... Pourtant, nous sommes en plein Montmartre, au 12 de la rue Fromentin, aux abords de la place Pigalle toute trépidante d'autobus.
Voici, parmi les tableautins et les statuettes jaillies dans la demi-lueur de la pièce, une imposante divinité japonaise, hiératique entre deux cierges de cire noire authentiquement venus d'Ecosse. Là-haut s'encadre une mystérieuse vision du monde astral, traduite en touches légères et vaporeuses. De ci de là surgit au bout d'un support un oeil hypnogène, boule blanche que ponctue l'iris noir, brun ou bleu. Un serpent se love sur un crâne dahoméen.
Deux chandeliers originaux, en triangles inversés, le mâle et la femelle, qui dessinent, en se superposant, un sceau de Salomon, font brûler jour et nuit une de leurs six flammes dans leurs bobèches de cuivre. Sur le rebord de la haute cheminée, des pierres-figures, conformes à la tradition de Boucher de Perthes, font voisiner leurs physionomies grimaçantes ou leurs évocations phalliques. Mais qu'est ceci ? Un voile noir, où se dessine en broderie un pentacle, cache une énorme protubérance fixée au mur...
Un pentacle ? Cette étoile à cinq branches figure, lorsque deux de ses pointes sont en bas, l'être humain aux cinq proéminences : tête, bras et jambes ; mais si on la retourne, elle est le signe schématisé du Bouc, du Bouc des mystérieuses traditions templières : deux cornes, deux oreilles et la pointe de la barbiche. Justement, la masse qui se dissimule sous le voile est une tête empaillée de bouc...
- " Ce bouc, je l'ai connu vivant " me dira M. Bresle. - Et le simulacre baphométique influence perpétuellement un simulacre humain, un mannequin revêtu de soies de diverses couleurs, qu'il surplombe de sa barbichette. Tout près se dresse un autre mannequin, de grandeur naturelle, semblable à l'Impératrice du Tarot. Ses vêtements de soie aux vives couleurs (rouge et bleu) alternent au gré d'un rituel accordant les données astrologiques avec les liturgies spéciales du poétisme. Un serpent de cuivre enlace sa tête de femme, un autre serpent de cuivre encercle son cou, et ses yeux sont bandés de jaune. Et, à sa table où brillent des " boules de rêve " qui captent les mauvais fluides, parmi les bouquets de fleurs, les rituels à reliures anciennes et les nombreux miroirs lunaires, M. Valentin Bresle me regarde de ses yeux d'acier bleu.
Il y a, dans sa stature et sa physionomie, quelque chose de racé. Est-ce de sa lignée qu'il est question dans le Dictionnaire de la Noblesse de la Chesnaye (Paris, 1866), où j'ai par hasard trouvé, à la page 50 du tome IV, que les armoiries des Bresle sont " d'azur à trois gerbes de bled d'or liées de même et posées deux et un " ? Et quelque chose du prélat transparaît dans l'onction de ses gestes : au chaton de son anneau d'or massif brille d'ailleurs une améthyste épiscopale. Dés qu'il parle de symbolisme, dans cette sorte d'occultum où mille détails rappellent le symbolisme des Trois Rois Mages, ce magiste, particulièrement sensible au symbole des figures et à la magie des rites, s'anime et semble vibrer. Il prépare d'ailleurs un docte traité de Symbolisme.
Mais M. Valentin Bresle prépare surtout son livre capital, qui s'intitulera : Le Poétisme, Magie Vivante d'aujourd'hui, et portera ce sous-titre : La Femme, ses rythmes et les liturgies d'amour. Le sommeil, ses mystères, les rêves et la télépathie amoureuse. Car il est principalement le théoricien du charme poétique sur lequel il a déjà publié plusieurs volumes. Ecrivain et directeur-fondateur du Mercure Universel depuis 1922, M. Valentin Bresle publie actuellement des cahiers mensuels de Magie et d'Occultisme qu'il rédige entièrement seul et dans lesquels il expose ses théories poétistes. Pour être neuves, sensualistes et audacieuses, ses théories personnelles ne s'en rattachent pas moins à l'ésotérisme traditionnel de Stanislas de Guaïta, d'Eliphas Levi, du Sâr Peladan, etc. dont il " actualise " la pensée en fonction des apports nouveaux du symbolisme contemporain, freudisme, poétisme, etc...
Mais il n'est pas seulement un théoricien des sciences occultes ; c'est un pratiquant de la Magie tant spéculative qu'opérative. C'est un mage d'occident tenant compte des traditions orientales mais les traduisant en un langage clair et précis, même et surtout lorsqu'il s'agit de magie cérémonielle et pratique.
Les résultats qu'il obtient pal télépathie poétiste et volontaire tendent à rénover et à préciser toutes les anciennes conceptions au sujet des incubes, des succubes et de ce qu'on appelle les envoûtements d'amour.
Ce que peuvent être ces résultats, ce que peuvent être aussi les méthodes par lesquelles il les suscite, on petit les entrevoir à travers sa doctrine.
Le Poétisme, m'a-t-il parfois expliqué, repose sur trois constatations :
1° Toute inspiration esthétique, toute création de beauté, émane du plaisir de sentir ou d'éprouver , autrement dit de la sensualité.
2° Toute contemplation, objective ou subjective, de la beauté qui va jusqu'à l'émotion esthétique a des prolongements, conscients ou non, jusque dans la chair.
3° Tout créateur de beauté, tout poète, tout autiste original participe de la Nature naturante, autrement dit de la Divinité, et devient de ce fait un prêtre ou un mage. D'où cette phase particulière des théories poétistes : le magisme.
Toute création esthétique ou mentale vient du tréfonds de nous-mêmes, et la création poétique par exemple est très souvent la réalisation sublimée de la matière en symbole de beauté. D'où la place la plus importante accordée au symbolisme et à l'occultisme par le poétisme.
Mais le Symbole initiatique constitue la pensée ultime, la pensée pure qui contient toutes les sciences ou encore la philosophie des sciences, la synthèse, en un mot la combinatoire, rayonnement d'un centre voilé transmis d'âge en âge par les initiés, Centre géométrique que nous devons retrouver dans notre subjectivité.
Le voile de la quotidienneté et de la logique profane laisse cependant passer assez de rayons pour permettre à l'esprit humain de pressentir par intuition ou par les recherches tâtonnantes de la science, même profane, cette combinatoire spontanée qui est en nous et que le symbolisme met en mouvement.
Le contenu ne peut que pressentir intuitivement le contenant parce que, selon cette image, si le contenu était conscient absolument du contenant, tous les chaînons seraient réunis, les analyses seraient identiques et toutes les parcelles de l'androgyne seraient réunies, le problème serait résolu. La multiplicité serait réabsorbée dans l'Un.
- Dans les trois livres par lesquels vous avez mis au point vos théories poétistes : l'Essai sur la sensualité créatrice, celui sur le mysticisme et la sensualité et enfin celui sur le magnétisme et la folie, vous avez développé les conséquences pratiques de ces principes.
- Mais le point crucial, le point qui a fait couler le plus d'encre et qui a suscité les polémiques les plus vives, ce fut, c'est encore, le phénomène de l'inspiration (mystique et poétique) dans ses rapports avec la sexualité.
Il a fallu appuyer mes arguments théoriques sur des preuves expérimentales qui " ne permettraient plus ", selon un lecteur, " de douter des vérités hardiment émises sans craindre la désapprobation des critiques partiaux, imbus d'idées puritaines, retardataires et craintives. "
Je lue suis livré à une vaste enquête qui se poursuit toujours et plus d'une lectrice a reconnu que les faits de répercussion sexuelle de charme poétique et les faits de répercussion des désirs sexuels sur l'inspiration poétique sont tels qu'il suffit, me disent-elles, " d'analyser ses fibres intérieures et d'être franche avec soi-même, de n'avoir pas peur des mots pour reconnaître la véracité fondamentale de ces faits ". C'est sur des témoignages nombreux de ce genre que j'ai construit un ensemble de théories groupées sous le mot de " Poétisme ".
Et M. Valentin Bresle me montre quelques-unes des pièces de sa collection de documents et de témoignages...
Elles sont pour le moins curieuses.
- La poésie, reprend-il, le mysticisme et la magie sont des questions intimement liées qui s'éclairent les unes par les autres. La poésie (toute poésie), le mysticisme et toutes les magies trouvent leur essence, leur base et leur potentialité dans l'amour. Comme il n'y a pas d'amour sans attirance, sans sensualité de joie ou de douleur, j'ai pu sans exagération démontrer que l'inspiration poétique, comme toute création profonde de l'esthétique, dérivait de la sensualité d'origine sexuelle.
Mais la grande et très délicate sensibilité féminine permet de vibrer (consciemment ou non) sexuellement par visions purement mentales, comme elle permet d'exalter l'esprit, l'imagination, les puissances affectives au bouillonnement des voluptés plus lourdes.
Et cette sensibilité particulière de la femme, cette compréhension des choses avec le coeur a fait que le premier public d'adeptes du poétisme fut surtout un public féminin. La vérité est que le poétisme avait découvert les vrais rythmes féminins, plus exactement les rythmes secrets de la féminité qui sont les mêmes que ceux de la création esthétique. D'où ce titre sous lequel j'ai publié tant d'articles : " La Femme et ses rythmes " qui seront prochainement réunis en un volume.
- Pourquoi " ses rythmes " ?
- Grâce précisément à ses rythmes particuliers, la femme éprouve plus " sensiblement " la résonance sensuelle de la beauté sur tous les plans.
Je veux dire que l'émotion esthétique ou mystique a plus directement et plus fréquemment des prolongements charnels chez la femme que chez l'homme. Ceci en raison de ses " rythmes " particuliers d'évolution alors que les rythmes masculins sont généralement plus involutifs.
Pour le poétisme, la femme est donc une magie vivante qui a droit à sa prêtrise et à son initiation totale. La femme a précédé l'homme dans les chemins de la divinité, de l'élévation mystique en vue de l'idéal.
Or, l'initiation est une recherche constante d'un idéal et le poétisme est la route qui conduit à cet idéal. L'Art est une manifestation sensible d'un idéal. L'initiation vraie est donc une élévation. L'art élève par l'émotion esthétique, l'art est donc nécessairement le collaborateur de l'initiation.
L'initiation première pour la femme est la découverte de ses rythmes, son adaptation intime avec les grands courants cosmiques auxquels elle participe inconsciemment et auxquels elle doit participer et communier consciemment pour développer en elle sa vraie, sa profonde personnalité.
Révéler la femme à elle-même, l'initier à son Symbole profond, l'élever jusqu'à la prêtrise par son destin magique, tel est un des principaux buts du poétisme.
- Mais en quoi le poétisme est-il magique ?
- Il n'y a pas d'art sans magie ; il n'y a pas de magie sans art. L'artiste est un mage plus ou moins conscient de son pouvoir magique. Il serait souhaitable que ceux qui se prétendent mages soient des artistes, des poètes.
Tous les arts, en tant que capables de déclencher l'élément émotionnel de l'être sont des formes de la magie opérative puisqu'ils créent le charme.
Nous sommes ici au coeur même de la doctrine poétiste.
Vous sentez ainsi combien, d'après le poétisme, le charme, l'amour et la magie sont des termes qui possèdent entre eux des analogies, des identités et qui demeurent pourtant différents.
- L'amour ?
- Oui, car la Magie et l'Amour ont un art commun.
L'Art et l'Amour pour rayonner doivent avoir une magie commune. Cette magie, c'est la création de charmes, c'est l'envoûtement. L'envoûtement d'amour est possible par le poétisme et c'est pourquoi cette doctrine dépasse de beaucoup le stade des théories pour atteindre à la Magie opérative elle-même.
Que le poétisme aboutisse de la sorte à une magie opérative, à des envoûtements d'amour, cela rend rêveur... Mais, sans franchir le seuil discret de la magie pratique, et en demeurant dans le riche domaine chatoyant de l'occultisme théorique, comment ne pas est1nler qu'il y a de ce poétisme larvé, d'un poétisme magique qui n'ose passe nommer ainsi dans bien des attitudes artistiques et littéraires, comme, par exemple, le surréalisme ?
P. G.
15:50 Publié dans Personnalités | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Bresle, Valentin Bresle, Poétisme




Commentaires
Je suis heureuse de voir que tu as plein de textes nouveaux, tous très intéressants. Je vais revenir lire cela tranquillement. Bravo et à bientôt.
Ecrit par : ariaga | 02.09.2007
Des textes nouveaux et des textes anciens aussi que j'exhume des archives d'un très vieux site que j'ai supprimé il y a plusieurs années...
Ecrit par : Mulciber | 02.09.2007
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