29.07.2007
LA PAPESSE DU DIABLE
" Excellent exemple de l'érotisme surréaliste d'avant-guerre, La Papesse du Diable (1931) semble dû à la collaboration d'Ernest Gengenbach et de Robert Desnos. " (Alexandrian.) Il est vraisemblable que Renée Dunan y ait.. mis la main...
On y assiste à l'entrée dans Paris de la " Maîtresse de l'Asie, l'Archimagesse maintenant Reine du Monde ", à la tête de ses hordes qui viennent de conquérir l'Europe. Thème cher aux surréalistes, la grande prêtresse du Diable est en fait Isis, la femme, la mystérieuse, l'archétypale.Paris est bouleversé ; les rues sont débaptisées ; victoire du Mal absolu sur les forces bénéfiques : le Grand Androgyne trône à Notre-Dame ; le pape prisonnier est crucifié sur la tour Eiffel. Tout se termine par la fin du monde et dans une dernière " orgie sacrée " générale : " Un désir lascif entrouvrait les genoux des femmes, les yeux des hommes brillaient. Partout des pleurs, des râles, des écroulements de tableaux et d'objets culturels, des crispements de soies. Des chiens venus on ne sait d'où, couvraient les femmes en haletant. Un adolescent, les bras en croix, gémissait lentement, à demi-étouffé sous quatre femmes. Trois hommes dans un coin s'étreignaient en miaulant comme filles enlacées se tordaient sur un divan... "
Typique de la littérature vendue sous le manteau dans les années 1930, La Papesse du diable est un "roman de mystère, de magie et d'amour" qui décrit la destruction de la civilisation occidentale par une sublime Archimagesse babylonienne. C'est une apocalypse saphique et orgiaque menée tambour battant sur l'air du Péril jaune.
Le livre doit sa réédition à une présomption : Robert Desnos aurait écrit l'opus avec le fantasque Ernest Gengenbach (Jean Genbach dit, 1903-1973 (ou 1979 ?)), l'auteur de Satan à Paris (1927).
Jean José Marchand a pourtant montré en 1998 lors du colloque consacré aux Ratés de la littérature que le pseudonyme de Pierre de Ruynes, "satyre lyrique", ne masque pas Desnos mais un certain Pierre Renaud (1894-1965), romancier populaire et poète oublié. L'autorité de Gengenbach elle-même est incertaine : la très "coquine" Renée Dunan aurait mis la main à la pâte. Qu'importe, cette Papesse ne manque pas d'allure.
LA PAPESSE DU DIABLE
JEHAN SYLVIUS ET PIERRE DE RUYNES
Ombres- 118 pages
(C) Le Matricule des Anges
21:30 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Pierre Renaud, Gengenbach, Desnos, Renée Dunan, Jehan Sylvius, Polaires


