02.05.2008

LE COMMANDANT LEVET

Franc-Maçon du Grand Orient de France, Martiniste, ami de Charles Barlet, en relation avec Papus, le Commandant du Génie François Levet a été aussi un correspondant assidu de Grasset d’Orcet.
Le catalogue de 1939 de la Librairie Dorbon-Ainé  (19, Bd Haussmann, disparue vers 1980) décrit le recueil de cette correspondance : 2240 pages manuscrites, 400 lettres sur la période 1889 à 1899.

[1327 D'ORCET. Correspondance adressée au commandant du génie Levet, manuscrit in-f° de 2.240 pages, en feuilles, dans 6 cartons. (446)
C'est la copie soigneusement faite par le commandant du génie Levet de 400 lettres à lui adressées  par un collaborateur de la Revue Britannique , G. d'Orcet, du 16 novembre 1889 au 27 décembre 1899 — Ce manuscrit dans lequel il est surtout question de linguistique et de traduction cabalistique des noms, est demeuré inédit — Il contient de précieux renseignements sur Papus, Eliphas Levi, Oswald Wirth, le sâr Péladan, le Dr. Bataille, Huysmans, Taxil, Spedalieri, Pike, Adriano Lemmi, Crispi, Martinez de Pasqualis, St-Martin, Drumont, Mme Guyon, Molina, Weisshaupt, Jacques Molay, sur la  franc-maçonnerie et ses différents grades et autres sociétés secrètes (Fendeurs, Charbonniers, Pilpoul ou maçonnerie juive, élus Cohens, Ordre de Croix ouvrée ou charing Cross, Noachite, Ku-klux-klan, Carbonari de Mazzini, Adelphes, odd-fellows, Vaudois, Ordre de la Colombe, lucifériens, sin hhoëi, chevaliers du travail, le palladium), les ordres religieux   (carmes,  Cordeliers, dominicains, Oratoriens), l'archiduc Rodolphe, le Masque de fer, sur Marie Antoinette, le comte de Fersen, la princesse de lamballe, lady Hamilton, la Dubarry, la duchesse d'Uzès, willette, Jules Ferry, Clemenceau, pie ix, la famille buonaparte , l'impératrice Joséphine, Giolitti, Carnot, Gambetta, le général Boulanger, Zola, Reinach, Dreyfus, Murger, les principaux journaux de l'époque. Il y est aussi maintes et maintes fois question de louis XVII. De celui-ci, voici, en résumé, ce qu'en pense d'Orcet : sauvé grâce au comte de Tilly et à la sœur de Robespierre, il fut élevé à  York (Canada) ; en 1804, il revint en Europe pour tâcher de faire rendre gorge au comte d'Artois ; après avoir quitté sa femme morganatique, la princesse de Rochefort, au lendemain de l'arrestation de son mari, le duc d'enghien, [Ici, la phrase est probablement incomplète. Note de l'auteur] Il entra dans l'armée prussienne sous le nom de homeless avec le grade d'alferez et il fut assassiné par ordre de son oncle à Haggen — d'Orcet étudie également divers ouvrages tel que le songe de Poliphile, Figures de Rabelals, les Emblèmes héroïques de Paradin, la Prognosticatio de Paracelse, les emblèmes de Symeoni, l'Ordre des francs-maçons trahi et Le secret des Mopses révélé, le diable au XXe siècle, Les jésuites chassés de la maçonnerie et leur poignard brisé par les maçons, ouvrages qu'il interprète au point de vue cabalistique  — une des curiosités c'est qu'il traduit de la même façon les dessins des journaux satiriques et illustrés de l'époque : le Don Quichotte, le Gil Blas,  le Courrier français et le Chat noir qui étaient « sous la direction occulte de Louis Legrand et de Caran d'Ache dont les planches sont exclusivement grimoriées » le Curare, le Soleil illustré, le Caton rusky et explique les événements politiques de l'époque, les monnaies anciennes, les faïences patriotiques, les armoiries des Fouquet, Rothschild, Lusignan, Paléologue, tanneguy du Chatel, luillier de Champagne, Polignac, Hohenzollern, de la famille de Savoie et de Jeanne d'Arc —  nous ne possédons sur l'auteur d'autres renseignements que ceux qu'il a bien voulu nous fournir dans sa correspondance de laquelle il résulte que du côté maternel, il était allié aux Sampigny de Scoraille et à barthélemy d'Orcet, capitaine aux dragons d'Orléans, puis  ami intime de Mme du Barry « qui ne put en faire un colonel parce qu'il était de  noblesse non titrée mais le fit nommer receveur des tailles » — d'Orcet parle aussi à diverses reprises du baron de Billing, dont il était l'ami, et du baron Cerfbeer de Medelsheïm à qui marie Thérèse de Saxe confia le soin de lui faire des enfants, son mari, le Dauphin fils de Louis XV, étant "hongre". Selon le catalogue Dorbon, réédité sous le titre Bibliotheca Esoterica par C. Coulet & A. Faure, 1, rue Dauphine, Paris VIe, 1988]

Cette correspondance a aujourd’hui disparu, certainement acquise par une bibliothèque, un musée, une association ou un amateur éclairé. Des éléments auraient pu être détenus par la bibliothèque municipale de Cusset, dépositaire potentielle du « fonds Grasset d'Orcet » constitué par l’archiviste municipale. Las ! Cette bibliothèque a été totalement ruinée par incendie en 1990. En juin 1996, le dépositaire du legs Grasset a été cambriolé à Paris.

Levet fut Franc-Maçon du Grand Orient de France et « Supérieur Inconnu » Martiniste, (lettre à Papus du 30 mai 1897, copie en ma possession), lecteur assidu de la revue « L’Initiation ».
Comme Grasset d’Orcet, le Commandant Levet s’intéressa aux médailles (cf lettres adressées aux conservateurs du Cabinet des médailles (demande d'accès) par Levet, capitaine du Génie, Grenoble, 19 mai 1877, 9 juin et 21 septembre. Médailles arabes et juives[1].).
Il n’était pas non plus sans avoir lu attentivement Saint-Yves d’Alveydre, à en croire les références qu’il fait dans la lettre précitée aux initiations ioniennes et doriennes étudiées par Saint-Yves dans sa « Mission des Juifs ».

Eléments biographiques relatifs à F. Levet (Source : G. Dubois)
« Naissance le 5 juin 1850 à Annecy (Haute-Savoie) de Levet François, Joseph, Aimé, Eugène. Fils de Antoine-Aimé Levet et de Caroline-Albertine Chauvin, directeur de la succursale de la Banque de France à Annecy. Études au lycée impérial Saint-Louis à Paris. Affecté au Génie à sa sortie de l'École Polytechnique en 1870. En 1877, il est capitaine au 4e régiment du génie à Grenoble. Le 4 juin 1878, à Langogne (Lozère), a lieu le mariage de François Levet avec Marie-Berthe, Isabelle, Félicite Mialhet de Bessettes, vingt-trois ans. En 1897, il est chef du génie à Constantine en Algérie. Ensuite, chef du Génie à Nice, où il prend sa retraite le 26 octobre 1904. Il demande que sa pension lui soit versée à Paris, 19, boulevard Morland (4°). Il décède le 27 septembre 1913 à Bergerac, en Dordogne, à 63 ans. » Officier de la Légion d'Honneur.



[1] http://www.archivesmonetaires.org/apam/inventaires/bn/amc...

01.03.2008

LISTE DES NOTICES BIOGRAPHIQUES

-A-

ALLAINGUILLAUME (Louis)
13.08.2006

-B-


BASTIEN (Lydie)
29.07.2007
BETTENCOURT (André)
23.11.2007 
BLANCHARD (VICTOR)
24.07.2007
BRESLE (Valentin)
29.08.2007 | Commentaires (2)
JACQUES BREYER
29.08.2007
BRUA (Edmond)
18.08.2006
BRUYEZ (René)
13.08.2006
RICHARD BURGSTHAL, MAITRE VERRIER
14.06.2007 | Commentaires (1)
 

-C-


CANUDO (Jeanne)
08.01.2007
CANUDO (Ricciotto)
13.08.2006
CLIFFORD-BARNEY (Natalie)
13.08.2006
CELLI (Elmiro)
18.08.2006
CELLI (Rose)
18.08.2006 | Commentaires (2)
MARYSE CHOISY
02.09.2007 | Commentaires (8)
CHARBONNEAU-LASSAY (Louis)
05.02.2007
COUDENHOVE-KALERGI (Richard)
08.01.2007
COUTROT (Jean)
13.08.2006

-D-


DELAMARE-DEBOUTTEVILLE(Edouard, Napoléon,...
09.01.2007
DELAMARE-DEBOUTTEVILLE (Claude)
09.01.2007
JEAN DORSENNE
31.07.2007
GERMAINE DULAC
28.07.2007
RENEE DUNAN
19.08.2007 | Commentaires (2)

-E-


ERLANGER (Philippe)
28.07.2007

-F-


GUSTAVE FAYET, PEINTRE DU MYSTERE
14.06.2007 | Commentaires (1)
ELIE-CHARLES FLAMAND
19.02.2007 | Commentaires (2)

-G-


ERNEST (de) GENGENBACH
29.07.2007
GIRODIAS (Maurice)
25.08.2006
GRILLOT DE GIVRY
28.07.2007

-H-


IRENE HILLEL-ERLANGER
11.08.2007 | Commentaires (2)
SERGE HUTIN
29.08.2007

-L-


LALANDE (Emmanuel) - Marc HAVEN -
20.11.2006
LARRONDE (Carlos)
13.08.2006 | Commentaires (5)
LARRONDE (Olivier)
14.10.2006

-M-


MARQUES-RIVIERE (Jean)
16.09.2006
MAURICE MAGRE
10.08.2007
MARDRUS (Dr Joseph-Charles)
13.08.2006

-N-


NAGLOWSKA (Marie de)
12.01.2007 | Commentaires (1)

-P-

PHILIPON (René)
08.01.2007 | Commentaires (4)
LE MYSTERIEUX DOCTEUR P...
29.08.2007
HENRI POSTEL DU MAS
24.07.2007
POPELIN (Claudius – Marcel)
18.03.2007

-R-


DANE RUDHYAR
20.07.2007 | Commentaires (2)

-S-

 SEMELAS (Demetrios Platon)
20.11.2006
LA MORT DE SAINT-POL-ROUX
07.04.2007 | Commentaires (6)
SLATER (Georges)
03.11.2006

-T-


LES DEUX FRERES THOMAS
20.08.2006

-V-


KEES VAN DONGEN
02.08.2007
LES 3 FEMMES DU DOCTEUR VORONOFF
19.08.2006 | Commentaires (2)

-Y-


D'YGE DE LABLATINIERE (Claude d')
12.01.2007 | Commentaires (2)




25.11.2007

L'ETRANGE PERE GORCE

Le père Maxime Gorce (1898 - 1979), peu connu en dehors de certains milieux, est un personnage qui mérite le détour : il fut d’abord officier d’artillerie, à la fois directeur de l’Observatoire de la Trappe et membre de la commission de la balistique au ministère de la Guerre. Il poursuivit son parcours au collège universitaire de Saulchoir (domicicain), où il passera onze années de son existence, d’abord comme novice, puis comme étudiant et enfin comme professeur de théologie. Il occupera une chaire de théologie à l’Institut catholique de Toulouse, puis il devint directeur de l’Institut de philosophie et d’histoire de Tunis pendant deux ans (1941 - 1942).

A cette époque, il s’intéressa aux fouilles archéologiques de Saint-Pierre de Rome et se brouilla avec sa hiérarchie à propos du tombeau de Saint Pierre qui, selon lui, n’existait pas sous la basilique vaticane.

Peu après, rentré en France, il devint membre de la Commission anti judéo-maçonnique, introduit Bernard Faÿ dont il avait fait la connaissance par Gueydan de Roussel, ancien secrétaire de ce dernier. Aidé par sa grande érudition, il y rencontra beaucoup de succès en clouant au pilori les « forces occultes » et les « tireurs de ficelle ».

Après la guerre, il quitta l’église catholique et devint curé de Saint-Imier en Suisse, après être devenu « Vieux-Catholique ».

Continuant sur son étrange lancée, le père Gorce se fit recevoir Franc-Maçon en 1950 dans une loge de Berne, dépendant de la Grande Loge Alpina. En 1968, il quitta la Suisse pour Avignon. Il était Chevalier Kadosch. Il s’affilia alors au Grand Orient de France (Loge « Sincère Union et Vrais Amis Réunis », d’Avignon) et fut élevé au 33ème Degré. En fait, Gueydan de Courcel, secrétaire de Bernard Faÿ, qui avait introduit Gorce au sein de la Commission antijudéo-maçonnique », avait été pendant la guerre en contact avec le Très Illustre Frère Corneloup, et en liaison avec le Cardinal Verdier : sa mission était alors d’établir des contacts entre l’Eglise de France et les éléments de la Maçonnerie favorables à un rapprochement.

Maxime Gorce passa sa retraite en France à Avignon. Il décéda vieux-catholique en Suisse à Neuchâtel en 1979.

23.11.2007

BETTENCOURT (André)

SIC TRANSIT GLORIA MUNDI ! 
 
"André Bettencourt est décédé lundi à l’âge de 88 ans. Figure de la droite en Seine-Maritime, représentant du courant dit “indépendant“, M. Bettencourt a occupé de multiples mandats, du local comme maire de la commune où il est né, Saint-Maurice d’Etelan, jusqu’au national comme membre de plusieurs gouvernements, une première fois en 1954 comme secrétaire d’Etat de Pierre Mendès-France, puis pratiquement sans discontinuer de 1966 à 1973 sous les présidences de Charles De Gaulle et de Georges Pompidou.

Né le 19 avril 1919, M. Bettencourt a débuté sa carrière d’élu au lendemain de la guerre dans le canton de Lillebonne dont il fut une première fois élu conseiller général en 1947 succédant à son père puis réélu en 1955, 1961, 1967 et 1973. En 1951 il devient député de la Seine-Maritime dans la 5ème circonscription qui allait alors de Lillebonne à Fécamp à travers le pays de Caux, sous l’étiquette de l’Union des indépendants et paysans. Il a été réélu jusqu’en 1973 sous l’étique des Républicains indépendants. Il n’est devenu maire de Saint-Maurice-d’Etelan qu’en 1965 après en avoir été conseiller municipal. Ayant laissé son mandat de député en 1978 à Charles Revet, il devient sénateur de Seine-Maritime réélu en 1986 jusqu’en 1995 pour son dernier mandat de parlementaire.

Mao-Tsé Toung
Au gouvernement, André Bettencourt a d’abord été secrétaire d’Etat à la Présidence du Conseil dans le cabinet de Pierre Mendès-France, où il était chargé de la coordination de l’information (1954). Après avoir soutenu le retour du général De Gaulle au pouvoir en 1958, il a attendu huit ans avant de revenir au gouvernement comme secrétaire d’Etat aux transports de Georges Pompidou (1966-67), puis secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères (1967-1968), brièvement ministre des Postes et Télécommunications de mai à juillet 1968, ministre de l’Industrie dans le gouvernement de Maurice Couve de Murville (1968-69). Après l’élection de Georges Pompidou à la présidence de la République, il est nommé ministre délégué auprès du Premier Ministre Jacques Chaban-Delmas, chargé du Plan et de l’Aménagement du territoire (1969-72), chargé de l’interim du ministre des affaires culturelles (1970-71), et enfin ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Pierre Messmer (1972-73). A ce titre, il prépara le voyage de Georges Pompidou en Chine en septembre 1973 et fut l’un des rares hommes politiques français à avoir une conversation directe avec Mao-Tsé Toung.
La carrière politique d’André Bettencourt passa aussi par la toute nouvelle Haute-Normandie dont il fut président du conseil régional de 1974 à 1981. Il succédait à Jean Lecanuet qui occupa le poste quelques mois et dû laisser le fauteuil à Laurent Fabius en 1981, le mode désignation indirecte des conseillers régionaux accordant la majorité à la gauche après l’accession de François Mitterrand à la présidence de la République et l’élection de députés de gauche. Sur le plan politique, il fut l’une des pièces maîtresses du mouvement des Républicains indépendants de Valérie Giscard d’Estaing, puis du Parti Républicain.

Le Courrier Cauchois
André Bettencourt fut aussi un homme de presse plus particulièrement connu comme l’associé majoritaire et donc propriétaire du Courrier Cauchois, hebdomadaire édité à Yvetot qu’il a fondé en 1948 en fusionnant deux journaux locaux, Le Petit-Cauchois et le Réveil d’Yvetot. Très attaché à ce journal, il était soucieux de le voir refléter les valeurs morales, sociales et politiques auxquelles il croyait. Il y signait un éditorial à chaque échéance politique importante et pour les vœux de nouvelle année.
Cet intérêt pour la presse et la valeur de l’information, il l’avait aussi mesuré dans des circonstances condamnables sous l’Occupation où il signa des articles antisémites dans l’hebdomadaire Terre Française. S’il l’a regrettée par la suite, cette prise de position n’était pas un coup de folie mais dans le droit fil d’un engagement d’avant-guerre, comme membre de la Cagoule. C’est d’ailleurs dans les cercles d’étudiants d’extrême droite qu’il fit deux rencontres : celle de François Dalle qu’Eugène Schueller, son futur beau-père et patron de L’Oréal, fit président de l’entreprise de cosmétique, et celle de François Mitterrand dont il resta l’ami quelque furent leurs itinéraires politiques de l’après-guerre puis sous la Vème République.
A partir de 1942, André Bettencourt bascula dans le camp Allié au contact de services secrets américains en Suisse. Devenu résistant, il a été arrêté par les Allemands puis leur a échappé par un jeu de circonstances miraculeux. Pour sa conduite pendant la guerre, il a reçu la Croix de guerre 1939-1945, la rosette de la Résistance et la Croix de chevalier de la Légion d’honneur."

(c) Etienne Banzet (fil-fax 20/11/07)

02.09.2007

MARYSE CHOISY

596fde111a17109a7e39e8cf823a966f.jpgDocteur en philosophie après des études supérieures à la Sorbonne et à Cambridge (Angleterre), Maryse Choisy (1903-1979) a débuté à Paris dans le journalisme et la littérature pendant les "années Folles" qui ont suivi la guerre de 14.

Bien que controversée, elle fut un personnage important de l'histoire de la psychanalyse française même si l'on s'est longtemps efforcé de l'oublier ou de minimiser son rôle. Son indépendance par rapport aux institutions psychanalytiques officielles dont certains membres importants lui apportaient leur soutien, lui valut une étiquette plutôt négative. Proche du mouvement surréaliste dont elle fréquentait les dirigeants, Maryse Choisy fut aussi fondatrice de "L'Alliance Mondiale des Religions".

D'abord en analyse à Vienne avec Freud, Maryse Choisy interrompit brusquement sa démarche pour des raisons restées nébuleuses. Elle reprendra plus tard son analyse avec Laforgue et fera par la suite une tranche sur le divan de Charles Odier. Maryse Choisy appartint au groupe d'amis et d'anciens patients de Louis Laforgue, autre personnage controversé de l'histoire de la psychanalyse française.

Maryse Choisy a visité l'Inde pour la première fois au lendemain de la guerre de 14. Son deuxième voyage, elle le fait en 1952. Elle passe plusieurs mois à faire retraite à l'ashram de Sivananda à Rishikesh. Un nouveau tournant s'amorce là dans sa carrière.

Entre l'Est et l'Ouest, il est temps de jeter un pont. L'oecuménisme est dans l'air. En 1965, Maryse Choisy prend part à Delhi -c'est son troisième voyage en Inde- à un grand congrès interreligieux sous l'égide d'un maitre sikh. Alors un grand dessein germe dans son esprit.

Dès son retour à Paris, Maryse Choisy crée l'Alliance Mondiale des Religions. Le Congrès constitutif a lieu au début de 1966, sous le double patronage du Vatican et du Dalaï Lama. Il s'agit de faire en sorte que les différentes religions et spiritualités du monde, tout en restant elles-mêmes, se connaissent, se comprennent et s'aiment mieux, en découvrant par un travail commun de recherche, leur unité profonde. "Tout ce qui monte converge", a dit Teilhard de Chardin. Maryse Choisy dira "la mystique rapproche ceux que la théologie sépare".

Elle fut aussi en relation avec des personnages importants de l'ésotérisme européen, notamment à travers « La Société des Sciences Anciennes » dans laquelle on retrouve le Franc-Maçon bien connu dont le buste orne le hall de la Grande Loge de France : Oswald Wirth, puis le Baron Roure de Paulin, Horace Choisy (son époux). Elle déclencha l'affaire de la croix d'Hendaye impliquant l'alchimiste Fulcanelli, à travers la revue « Psyché » qu'elle animait et où on trouvait des auteurs aussi connus que Marie Bonaparte, Louis Laforgue. Journaliste, elle se fit couper les seins pour aller chez les moines du Mont Athos. Le reportage qu'elle fit de cette infiltration reste exceptionnel. Elle demeure un personnage méconnu mais important du mouvement démancipation des femmes. Sa lucidité, sa sincérité lui valent d'être connue.

Dans L'être et le Silence, paru aux Éditions Mont Blanc en 1965, elle dévoile son parcours spirituel.

29.08.2007

VALENTIN BRESLE

Valentin BRESLE et le magisme poétiste


404e0b7293aafce902b2e09b1ac7e0df.jpgQuel étrange cabinet de travail que celui de M. Valentin Bresle ! Un sanctuaire plutôt, ou une loge de mystères, ou un ermitage de sorcier médiéval... Pourtant, nous sommes en plein Montmartre, au 12 de la rue Fromentin, aux abords de la place Pigalle toute trépidante d'autobus.
Voici, parmi les tableautins et les statuettes jaillies dans la demi-lueur de la pièce, une imposante divinité japonaise, hiératique entre deux cierges de cire noire authentiquement venus d'Ecosse. Là-haut s'encadre une mystérieuse vision du monde astral, traduite en touches légères et vaporeuses. De ci de là surgit au bout d'un support un oeil hypnogène, boule blanche que ponctue l'iris noir, brun ou bleu. Un serpent se love sur un crâne dahoméen.
Deux chandeliers originaux, en triangles inversés, le mâle et la femelle, qui dessinent, en se superposant, un sceau de Salomon, font brûler jour et nuit une de leurs six flammes dans leurs bobèches de cuivre. Sur le rebord de la haute cheminée, des pierres-figures, conformes à la tradition de Boucher de Perthes, font voisiner leurs physionomies grimaçantes ou leurs évocations phalliques. Mais qu'est ceci ? Un voile noir, où se dessine en broderie un pentacle, cache une énorme protubérance fixée au mur...
Un pentacle ? Cette étoile à cinq branches figure, lorsque deux de ses pointes sont en bas, l'être humain aux cinq proéminences : tête, bras et jambes ; mais si on la retourne, elle est le signe schématisé du Bouc, du Bouc des mystérieuses traditions templières : deux cornes, deux oreilles et la pointe de la barbiche. Justement, la masse qui se dissimule sous le voile est une tête empaillée de bouc...
- " Ce bouc, je l'ai connu vivant " me dira M. Bresle. - Et le simulacre baphométique influence perpétuellement un simulacre humain, un mannequin revêtu de soies de diverses couleurs, qu'il surplombe de sa barbichette. Tout près se dresse un autre mannequin, de grandeur naturelle, semblable à l'Impératrice du Tarot. Ses vêtements de soie aux vives couleurs (rouge et bleu) alternent au gré d'un rituel accordant les données astrologiques avec les liturgies spéciales du poétisme. Un serpent de cuivre enlace sa tête de femme, un autre serpent de cuivre encercle son cou, et ses yeux sont bandés de jaune. Et, à sa table où brillent des " boules de rêve " qui captent les mauvais fluides, parmi les bouquets de fleurs, les rituels à reliures anciennes et les nombreux miroirs lunaires, M. Valentin Bresle me regarde de ses yeux d'acier bleu.
Il y a, dans sa stature et sa physionomie, quelque chose de racé. Est-ce de sa lignée qu'il est question dans le Dictionnaire de la Noblesse de la Chesnaye (Paris, 1866), où j'ai par hasard trouvé, à la page 50 du tome IV, que les armoiries des Bresle sont " d'azur à trois gerbes de bled d'or liées de même et posées deux et un " ? Et quelque chose du prélat transparaît dans l'onction de ses gestes : au chaton de son anneau d'or massif brille d'ailleurs une améthyste épiscopale. Dés qu'il parle de symbolisme, dans cette sorte d'occultum où mille détails rappellent le symbolisme des Trois Rois Mages, ce magiste, particulièrement sensible au symbole des figures et à la magie des rites, s'anime et semble vibrer. Il prépare d'ailleurs un docte traité de Symbolisme.
Mais M. Valentin Bresle prépare surtout son livre capital, qui s'intitulera : Le Poétisme, Magie Vivante d'aujourd'hui, et portera ce sous-titre : La Femme, ses rythmes et les liturgies d'amour. Le sommeil, ses mystères, les rêves et la télépathie amoureuse. Car il est principalement le théoricien du charme poétique sur lequel il a déjà publié plusieurs volumes. Ecrivain et directeur-fondateur du Mercure Universel depuis 1922, M. Valentin Bresle publie actuellement des cahiers mensuels de Magie et d'Occultisme qu'il rédige entièrement seul et dans lesquels il expose ses théories poétistes. Pour être neuves, sensualistes et audacieuses, ses théories personnelles ne s'en rattachent pas moins à l'ésotérisme traditionnel de Stanislas de Guaïta, d'Eliphas Levi, du Sâr Peladan, etc. dont il " actualise " la pensée en fonction des apports nouveaux du symbolisme contemporain, freudisme, poétisme, etc...
Mais il n'est pas seulement un théoricien des sciences occultes ; c'est un pratiquant de la Magie tant spéculative qu'opérative. C'est un mage d'occident tenant compte des traditions orientales mais les traduisant en un langage clair et précis, même et surtout lorsqu'il s'agit de magie cérémonielle et pratique.
Les résultats qu'il obtient pal télépathie poétiste et volontaire tendent à rénover et à préciser toutes les anciennes conceptions au sujet des incubes, des succubes et de ce qu'on appelle les envoûtements d'amour.
Ce que peuvent être ces résultats, ce que peuvent être aussi les méthodes par lesquelles il les suscite, on petit les entrevoir à travers sa doctrine.
Le Poétisme, m'a-t-il parfois expliqué, repose sur trois constatations :
1° Toute inspiration esthétique, toute création de beauté, émane du plaisir de sentir ou d'éprouver , autrement dit de la sensualité.
2° Toute contemplation, objective ou subjective, de la beauté qui va jusqu'à l'émotion esthétique a des prolongements, conscients ou non, jusque dans la chair.
3° Tout créateur de beauté, tout poète, tout autiste original participe de la Nature naturante, autrement dit de la Divinité, et devient de ce fait un prêtre ou un mage. D'où cette phase particulière des théories poétistes : le magisme.
Toute création esthétique ou mentale vient du tréfonds de nous-mêmes, et la création poétique par exemple est très souvent la réalisation sublimée de la matière en symbole de beauté. D'où la place la plus importante accordée au symbolisme et à l'occultisme par le poétisme.
Mais le Symbole initiatique constitue la pensée ultime, la pensée pure qui contient toutes les sciences ou encore la philosophie des sciences, la synthèse, en un mot la combinatoire, rayonnement d'un centre voilé transmis d'âge en âge par les initiés, Centre géométrique que nous devons retrouver dans notre subjectivité.
Le voile de la quotidienneté et de la logique profane laisse cependant passer assez de rayons pour permettre à l'esprit humain de pressentir par intuition ou par les recherches tâtonnantes de la science, même profane, cette combinatoire spontanée qui est en nous et que le symbolisme met en mouvement.
Le contenu ne peut que pressentir intuitivement le contenant parce que, selon cette image, si le contenu était conscient absolument du contenant, tous les chaînons seraient réunis, les analyses seraient identiques et toutes les parcelles de l'androgyne seraient réunies, le problème serait résolu. La multiplicité serait réabsorbée dans l'Un.
- Dans les trois livres par lesquels vous avez mis au point vos théories poétistes : l'Essai sur la sensualité créatrice, celui sur le mysticisme et la sensualité et enfin celui sur le magnétisme et la folie, vous avez développé les conséquences pratiques de ces principes.
- Mais le point crucial, le point qui a fait couler le plus d'encre et qui a suscité les polémiques les plus vives, ce fut, c'est encore, le phénomène de l'inspiration (mystique et poétique) dans ses rapports avec la sexualité.
Il a fallu appuyer mes arguments théoriques sur des preuves expérimentales qui " ne permettraient plus ", selon un lecteur, " de douter des vérités hardiment émises sans craindre la désapprobation des critiques partiaux, imbus d'idées puritaines, retardataires et craintives. "
Je lue suis livré à une vaste enquête qui se poursuit toujours et plus d'une lectrice a reconnu que les faits de répercussion sexuelle de charme poétique et les faits de répercussion des désirs sexuels sur l'inspiration poétique sont tels qu'il suffit, me disent-elles, " d'analyser ses fibres intérieures et d'être franche avec soi-même, de n'avoir pas peur des mots pour reconnaître la véracité fondamentale de ces faits ". C'est sur des témoignages nombreux de ce genre que j'ai construit un ensemble de théories groupées sous le mot de " Poétisme ".
Et M. Valentin Bresle me montre quelques-unes des pièces de sa collection de documents et de témoignages...
Elles sont pour le moins curieuses.
- La poésie, reprend-il, le mysticisme et la magie sont des questions intimement liées qui s'éclairent les unes par les autres. La poésie (toute poésie), le mysticisme et toutes les magies trouvent leur essence, leur base et leur potentialité dans l'amour. Comme il n'y a pas d'amour sans attirance, sans sensualité de joie ou de douleur, j'ai pu sans exagération démontrer que l'inspiration poétique, comme toute création profonde de l'esthétique, dérivait de la sensualité d'origine sexuelle.
Mais la grande et très délicate sensibilité féminine permet de vibrer (consciemment ou non) sexuellement par visions purement mentales, comme elle permet d'exalter l'esprit, l'imagination, les puissances affectives au bouillonnement des voluptés plus lourdes.
Et cette sensibilité particulière de la femme, cette compréhension des choses avec le coeur a fait que le premier public d'adeptes du poétisme fut surtout un public féminin. La vérité est que le poétisme avait découvert les vrais rythmes féminins, plus exactement les rythmes secrets de la féminité qui sont les mêmes que ceux de la création esthétique. D'où ce titre sous lequel j'ai publié tant d'articles : " La Femme et ses rythmes " qui seront prochainement réunis en un volume.
- Pourquoi " ses rythmes " ?
- Grâce précisément à ses rythmes particuliers, la femme éprouve plus " sensiblement " la résonance sensuelle de la beauté sur tous les plans.
Je veux dire que l'émotion esthétique ou mystique a plus directement et plus fréquemment des prolongements charnels chez la femme que chez l'homme. Ceci en raison de ses " rythmes " particuliers d'évolution alors que les rythmes masculins sont généralement plus involutifs.
Pour le poétisme, la femme est donc une magie vivante qui a droit à sa prêtrise et à son initiation totale. La femme a précédé l'homme dans les chemins de la divinité, de l'élévation mystique en vue de l'idéal.
Or, l'initiation est une recherche constante d'un idéal et le poétisme est la route qui conduit à cet idéal. L'Art est une manifestation sensible d'un idéal. L'initiation vraie est donc une élévation. L'art élève par l'émotion esthétique, l'art est donc nécessairement le collaborateur de l'initiation.
L'initiation première pour la femme est la découverte de ses rythmes, son adaptation intime avec les grands courants cosmiques auxquels elle participe inconsciemment et auxquels elle doit participer et communier consciemment pour développer en elle sa vraie, sa profonde personnalité.
Révéler la femme à elle-même, l'initier à son Symbole profond, l'élever jusqu'à la prêtrise par son destin magique, tel est un des principaux buts du poétisme.
- Mais en quoi le poétisme est-il magique ?
- Il n'y a pas d'art sans magie ; il n'y a pas de magie sans art. L'artiste est un mage plus ou moins conscient de son pouvoir magique. Il serait souhaitable que ceux qui se prétendent mages soient des artistes, des poètes.
Tous les arts, en tant que capables de déclencher l'élément émotionnel de l'être sont des formes de la magie opérative puisqu'ils créent le charme.
Nous sommes ici au coeur même de la doctrine poétiste.
Vous sentez ainsi combien, d'après le poétisme, le charme, l'amour et la magie sont des termes qui possèdent entre eux des analogies, des identités et qui demeurent pourtant différents.
- L'amour ?
- Oui, car la Magie et l'Amour ont un art commun.
L'Art et l'Amour pour rayonner doivent avoir une magie commune. Cette magie, c'est la création de charmes, c'est l'envoûtement. L'envoûtement d'amour est possible par le poétisme et c'est pourquoi cette doctrine dépasse de beaucoup le stade des théories pour atteindre à la Magie opérative elle-même.

Que le poétisme aboutisse de la sorte à une magie opérative, à des envoûtements d'amour, cela rend rêveur... Mais, sans franchir le seuil discret de la magie pratique, et en demeurant dans le riche domaine chatoyant de l'occultisme théorique, comment ne pas est1nler qu'il y a de ce poétisme larvé, d'un poétisme magique qui n'ose passe nommer ainsi dans bien des attitudes artistiques et littéraires, comme, par exemple, le surréalisme ?
P. G.

 

LE MYSTERIEUX DOCTEUR P...

Cagoule, Synarchie, Martinisme et Franc-Maçonnerie


Juste avant la 2ème guerre mondiale, l'étudiant en médecine Charles P. est membre de la Cagoule et proche du fameux Docteur Martin qui en fait un de ses agents de renseignements. Charles P. est par ailleurs ami d'un certain "Bob" R., Cagoulard comme lui.

A la même époque, P. écope de six mois de prison pour détention illégale d'armes.

- 5 février 1947, Charles P. est incarcéré à Fresnes, où il est interrogé dans le cadre de ses activités subversives.

- Tout juste après, Charles P., docteur en psychiatrie et anthropologiste, est initié au Maroc, à la R.L. "Concorde" n°42 (GLNF). Il accepte de prendre la tête du département d'anthropologie des Nations Unies (siège à Niamey, au Niger). Il y retrouve un vieil ami, Marcelo R. (s'agit-il de "Bob" R., l'ex-Cagoulard ?), de la R.L. "Persévérance", n° 27 (GLNF).

- 30 mai 1968 : le TRF Van Ecke, Grand Maître de la GLNF, consacre à Dakar avec l'aide du F. P., la première Loge régulière en continent africain. Il est alors proposé à C. P. de devenir Grand Maître de la Grande Loge de District d'Afrique Noire, mais il refuse considérant que cette fonction doit revenir à un Africain.

- Janvier 1975 : le Docteur Charles P. est co-vice-président de l'Ordre Martiniste "Papus". A cette époque, C. P. apparaît fréquemment sur des photographies dans la revue "L'Initiation", organe officiel de l’Ordre Martiniste.

- Septembre 1977 : Philippe Encausse démissionne de sa charge de Président de l'O.M. Il n'est plus question de C. P. qui a complètement disparu des colonnes de "L'Initiation" depuis plusieurs mois.

- Septembre 1991 : Jacqueline Encausse fait paraître son livre sur Philippe Encausse. De nombreux proches de P. Encausse sont cités dans cet ouvrage. C. P., qui fut pourtant vice-président de l'Ordre, n'y apparait nulle part.

- Annuaire 1996 - 1998 de la GLNF : C. P. figure dans la liste des membres du Souverain Grand Comité auquel il appartient depuis de nombreuses années.

 

Le Docteur P. Cagoulard, Franc-Maçon, Martiniste... est décédé en 2003 : qui était-il ?

 

SERGE HUTIN

IN MEMORIAM: SERGE HUTIN

 

 Serge Hutin est mort le 1er novembre 1997, à la maison de retraite de Prades (Pyrénées-Orientales). C'était une figure importante de l'ésotérisme français, docteur ès Lettres, diplômé de l'Ecole pratique des Hautes Etudes, ex-attaché de recherche au CNRS, ayant écrit quelque chose comme quarante ouvrages. J'en cite quelques-uns: "L'alchimie", "Les Gnostiques", "Les Sociétés Secrètes" ("Que sais-je ?"), "Histoire des Rose-Croix" (Le Courrier du Livre, 1959), "Paracelse : l'homme, le médecin, l'alchimiste" (La Table Ronde, 1966), "Histoire mondiale des sociétés secrètes" (Club des Amis du Livre, 1959), "Robert Fludd" (Omnium Littéraire, 1972), "L'amour magique" (Albin Michel, 1971), "Histoire de l'alchimie" (Marabout, 1971), "Nostradamus et l'alchimie" (Editions du Rocher, 1988)... sans oublier "Aleister Crowley, le plus grand des mages modernes" paru chez Marabout en 1973. On se doute bien que ce fut à l'évidence un ouvrage important pour moi. Serge fut l'un des seuls ésotéristes français à défendre publiquement Crowley à cette époque. Avec Pierre Victor. Mais entre Serge et Pierre Victor (de son vrai nom Pierre Barrucand), futur défenseur de la Scientologie, on me permettra de choisir la personne la plus lumineuse. Quoiqu'il en soit, et malgré les erreurs historiques de son livre, il eut le courage de défendre Aleister et on ne lui pardonna guère.

            Je le rencontrai physiquement en 1995. Il avait environ 65 ans. Et je rencontrai un homme détruit et réduit à la plus noire des misères. Je reconnus son regard. Ce regard, je l'avais déjà rencontré chez des êtres qui avaient une longue pratique de la faim. Nous nous trouvions tous deux à un salon du livre ésotérique patronné par Atlantis. Je tenais le stand des éditions Ramuel pour Françoise qui ne pouvait se déplacer. C'était franchement amusant: nous devions sans doute être les deux seules personnes dans l'assistance avec des opinions d'extrême-gauche. Pour ce qui était du reste... Je me souviens d'avoir vaguement discuté avec Jean-Luc Chaumeil, vêtu d'une veste rouge et portant la plus épouvantable cravate (une véritable offense à la création) que j'ai vue de toute mon existence, du livre d'Umberto Eco : Le Pendule de Foucault. Il finit par me dire: "Vous ne savez pas le pire. Eco est marxiste." Ce à quoi je répliquai, amusé: "Moi aussi. Comme Abellio, d'ailleurs." Serge devait plus tard sidérer la petite cour venue lui serrer la main en déclarant qu'il voterait Arlette Laguiller aux élections proches !

            Lorsque j'eus repéré la place de son stand, je l'étudiais. Il dormait, évidemment. Depuis une vingtaine d'années qu'il prenait des calmants ! A vrai dire, il en absorbait depuis la mort en 1972 de Marie-Rose Baleron, celle qui serait sans doute devenue sa femme si elle n'avait été "supprimée" avant d'en avoir eu le temps. Agent des services secrets français, elle enquêtait sur les liens entre SAC, mafia corse, CIA, loge P2 et... certaines organisations "initiatiques". Suffisant pour se faire liquider. C'est elle qui lui avait fait découvrir Crowley et sa biographie du mage lui est dédiée. J'avais amené avec moi certains de ses livres pour qu'il me les dédicace. Parmi eux se trouvait un exemplaire de "Voyages vers ailleurs" (Arthème Fayard, 1962). Lorsqu'il vit l'ouvrage, il se réveilla d'un coup. C'était l'exemplaire personnel de Marie-Rose, celui qu'il lui avait offert et qu'elle avait fait relier. Quelques mois auparavant, dans une foire aux livres du sud-ouest où étaient présents plus de 200 exposants, ma compagne Sabine s'était directement ruée sur un stand, comme magnétiquement attirée, pour s'y saisir de l'ouvrage, le feuilleter brièvement et me le tendre en me disant que je devais l'acheter.

            Le soir même, j'invitais Serge dans un couscous place de la République, restaurant que je savais copieux. Ca nous faisait mal de le voir dévorer comme ça, comme pour rattraper des années d'estomac creux. J'avais décidé d'assurer et le vin coula à flots, suivi de vodka à volonté. Dans la foulée, je vidai mon compte bancaire pour régler sa note d'hôtel. Initié dans un nombre invraisemblable de sociétés secrètes, il manquait cependant à son tableau de chasse quelque chose comme l'Ordre dont le grand-maître avait été celui qu'il avait si vaillamment défendu... l'Ordre de Crowley. L'O.T.O. Nous le reçumes au premier grade (Minerval) fin 1995.

 

 
(c) Philippe Pissier, janvier 1998 e.v.

 

JACQUES BREYER

Jacques Breyer et le groupe d'Arginy



Né en mars 1922, à Noyon, dans l'Oise, dans la maison du gardien d'un cimetière, il passa une enfance très proche de la nature, des chevaux et de la vigne, en Anjou, au bord de la Loire. Il fut déporté pendant deux ans à Buchenwald et rentra en 1945, selon ses propres dires, "longtemps mal en point ", et " fort disponible pour l'Objet des Combats de Lancelot, Galaad et autres Chevaliers ". De retour des camps de concentration, il part se soigner dans les Pyrénées Orientales. Sa mère lui remet quelques objets et documents en provenance de son grand-père maternel, " rebouteux, guérisseur, alchimiste ". Il y découvre des clefs de magie et s'engage dans l'occultisme pratique.

Au printemps 1952, une panne de voiture sur la route des Saintes-Marie-de-la-Mer le contraint à s'arrêter dans une auberge. Un journal local attire son attentions sur l'existence d'un mystérieux trésor des Templiers caché au château d'Arginy. Dans la nuit, en rêve, il lui est demandé de prendre contact avec le propriétaire d'Arginy. Il part aussitôt et se met en rapport avec le Comte de Rosemont, propriétaire du château, qui le reçoit dans une propriété à demi-ruinée. Toujours en rêve, il reçoit l'instruction de s'installer à Arginy. Après s'être confié au Comte de Rosemont et à sa femme, il s'installe à Arginy après être retourne brièvement en Anjou. Il y restera 7 ans.

Le Comte de Rosemont met à sa disposition une tour où il entreprend des recherches occultes. Il en sort peu, pour soigner des animaux malades, ou pour visiter des parents et des amis, en Anjou, à Lyon et à Paris où il présente quelques conférences.

A Lyon, Breyer sympathise avec un médium, Marcel Vayre de Bagot, représentant de profession. En mai 1952, les deux nouveaux amis tentent de premières opérations théurgiques, sans succès. Armand Barbault, alchimiste auteur de " L'Or du Millième Matin ", les rejoint. Le 12 juin 1952, à 22h00, une nouvelle expérience de théurgie est de nouveau tentée. Celle-ci est couronnée de succès. Il semble que cette expérience soit décisive dans la création de ce qui deviendra plus tard " l'Ordre Souverain du Temple Solaire ".

En 1953, à Paris, Jacques Breyer fait la connaissance de Maxime de Roquemaure, descendant d'une haute lignée templière, " grand-maître adjoint d'un groupe templier descendu d'une lignée catalane ". Maxime de Roquemaure rejoint le trio et fait à Breyer son beau-frère maconnais, Jean Roux et sa femme Geneviève.

D'autres ésotéristes rejoignent le groupe d'Arginy, et Breyer est mis en relation avec des religieux de la Grande Chartreuse où ils sont reçus " comme des frères ".

En 1955 - 1956, des Maçons de la GLNF rejoignent le groupe initial : Vincent Planque, Pierre de Ribaucourt, fils du fondateur de l'Obédience.

Une première commanderie est alors acquise par le groupe. Elle se situe entre Gap et Grenoble, dans le Dévoluy. Mgr Jean de Saint-Denis, évêque de l'Eglise Orthodoxe de France est reçu .

Breyer écrit deux livres : " Dante alchimiste ", en 1957 et " Arcanes solaires ou les secrets du Temple solaire ", en 1959. En 1958, Breyer perd son père et retourne à la vie profane. puis rentre dans une nouvelle retraite en 1960, jusqu'en 1963. Il continue ses recherches avec quelques frères du groupe initial.

1959 avait vu naître une rumeur rapportée par le Canard Enchaîné. La gendarmerie découvre, dans la région d'Etampes, un militant d'extrême-droite détenant des armes. Le suspect appartient à une étrange société secrète néo-templière, cospirant contre la République. Feraient partie des Templiers, Constantin Melnik, membre du Cabinet de Michel Debré, alors Premier ministre, et Pierre Joly, journaliste activiste, membre d'une organisation fasciste, le Grand Occident (ou Grand O).

En 1964, Jacques Breyer se retire de la résurgence templière d'Arginy.

En 1965, Julien Origas entre à l'O.S.T.S.

Le 24 juin 1966, l'Ordre Souverain du Temple Solaire (O.S.T.S.) apparaît au grand jour, avec l'élection de Jean-Louis Marsan - Jean -, ami d'enfance de Reinier III de Monaco, et soi-disant vingt-troisième Grand-maître du Temple. L'O.S.T.S. est reconnu en 1967 à Monaco. Jean-Louis Marsan décède en 1982.

Jacques Breyer est mort en 1996.

 

19.08.2007

RENEE DUNAN

L’exploration des sentiers de l’occulte mène parfois à de succulentes découvertes… Ainsi, parmi les membres de la société secrète des Polaires, on peut trouver le nom d’un mystérieux « Jehan Sylvius ».

Le début d’une enquête qui s’avère passionnante semble démontrer que sous ce pseudonyme pourrait se cacher la protéïforme Renée Dunan ((Avignon, 1892-1936 ( ?)). Une autre piste à défricher serait celle, peut-être plus vraisemblable, d'Ernest de Gengenbach (1904-1981), prêtre défroqué, proche des surréalistes jusqu'en 1930, et acteur involontaire de l'affaire Jean Moulin par l'intermédiaire de sa maîtresse Lydie Bastien.

Née dans une famille d’industriels, écrivain, critique et poète français Renée Dunan fit ses études dans une institution religieuse avant de devenir journaliste en 1919, puis de travailler dans des bureaux. Véritable mystère de la littérature contemporaine, on ne sait finalement que très peu de choses d’elle. Elle brouille les pistes à l’envi, ne laisse pas de mémoires et sa correspondance est dispersée, vraisemblablement détruite… Et l’on va jusqu’à ignorer la date de sa mort, peut être 1936…

Elle explora genres littéraires : érotisme, aventures, historique, policier, psychologique, ésotérique, fantastique, science-fiction, sans compter des essais sur le naturisme et sur l’écrivain René Boylesve. Ecrivain prolifique, sa production littéraire se fit essentiellement sur dix années, entre 1924 et 1934, période pendant laquelle elle publia jusqu’à huit titres par an.

Ses critiques redoutées paraissant principalement dans Action, Le Disque vert, Floréal, Images de Paris, ou Rives d’Azur lui valurent les qualificatifs de « vitrioleuse » et de « pétroleuse ».

La revue Les Œuvres libres accueille plusieurs de ses nouvelles. Elle collabore également au Crapouillot ainsi qu'aux revues Le sourire et Projecteur.

Féministe, elle est anarchiste, naturiste et pacifiste. Dadaïste enthousiaste, elle entre en relation avec André Breton, Philippe Soupault, Louis Aragon, Paul Éluard, Francis Picabia. Pour elle, l’auteur dadaïste doit être « fou, bicéphale, notaire, tétrapode, bolchevik ; ramoneur ou paralytique ; onirique ou paranoïaque ».

Elle signe de multiples articles dans des revues anarchistes ou socialistes : Les Humbles, L’Insurgé, Le Libertaire, Clarté, La Volonté, L’Ordre naturel, L’En-Dehors, ainsi qu’entre 1923 et 1927, dans Le progrès civique, hebdomadaire publié par le Cartel des gauches. Activiste, elle prend la défense de prisonniers politiques, et s’oppose au traité de Versailles. Elle écrit la préface d’un livre sur le bagne (L’enfer du bagne de Tullio Murri, 1926). En 1925, elle participe à une brochure d’André Lorulot sur le thème L’impôt sur le capital sera-t-il bienfaisant ? Dans les années 1930, elle est membre de l’Union des intellectuels pacifistes (UIP).

Naturiste militante, elle rédige plusieurs articles ou brochures sur ce sujet : Le nudisme, revendication révolutionnaire (1928), La chair au soleil (1930), Le nudisme et la moralité (1933).

En 1923, elle contribue au livre de Georges-Anquetil et Jane de Magny L’amant légitime ou la bourgeoise libertine. Dans une lettre, publiée en annexe, aux côtés d’autres écrivains, elle donne son opinion sur la polygamie et la polyandrie et collabore en 1927 au livre de Maurice Hamel sur la prostitution. Dans La révolution sexuelle et la camaraderie amoureuse (1934) d’E. Armand, elle répond à des questions sur la sexualité dans les milieux progressistes, les drames passionnels ainsi que sur la camaraderie amoureuse.

Désireuse d’assumer sa liberté sexuelle, elle est l’une des premières femmes à publier des romans érotiques : L’amant trop aimé (1925), Les caprices du sexe (1928), Colette ou les amusements de bon ton (1936), Dévergondages (1937), Les jeux libertins (1929), Une môme dessalée (1927), La culotte en jersey de soie (1923)... Elle y fait montre d’une qualité d’écriture certaine : intensité de la langue, richesse du vocabulaire, recherche littéraire, en mettant en scène des personnages féminins qui envisagent, sans pudeur ni perversité, les expériences amoureuses les plus extrêmes. La Collection gauloise des éditions Prima en recueille la plupart des titres sous la forme de petits livres d’une cinquantaine de pages.

Elle traite aussi du genre historique en traitant des sujets comme la préhistoire (Magdeleine, 1926), Jules César (Le sexe et le poignard, 1928), la papesse Jeanne (1929), La sorcellerie (Les amantes du diable, 1929), Le Masque de fer (1929).

Eclectique, elle aborde le roman policier et la science-fiction : Le chat-tigre du service secret (1933), L’épouvantable secret (1934), Le meurtre du milliardaire (1934), La dernière jouissance (1925), roman de la fin du monde…

Dans Baal ou la magicienne passionnée (1924) elle montre des connaissances certaines en occultisme, en magnétisme et en magie. Membre très vraisemblable de la Fraternité des Polaires sous le pseudonyme de Jehan Sylvius, son intérêt pour l’occultisme se retrouve dans sa collaboration à la Grande encyclopédie illustrée des sciences occultes (1937).


Sa carrière littéraire la fit apparaître sous de multiples masques, dont Chiquita, Ethel Mac Singh, Luce Borromée, Laure Héon, A.R. Lyssa, Léa Saint-Didier, mais aussi M. de Steinthal, Jean Spaddy, Louise Dormienne, Renée Camera. A. de Sainte-Henriette, enfin Ky et Ky C. Sous le nom de Marcelle La Pompe (!) – domiciliée 69 ( !) rue du Chat Noir (tout un programme !), elle diffuse ce que l’on appellerait aujourd’hui un « flyers » bien rabelaisien…443dc9a1a70e5ad6f80fa20b00563ee5.jpg

Elle avait su brosser d’elle-même un portrait remarquable de concision, où elle se montre provocatrice, bolchevique et dadaïste de la première heure : « Je fais, sous toute une parade de pseudos, des articles, dont la critique à Floréal et je fais figurer les lettres françaises à Amsterdam et à Monaco par Rives d'Azur. La seule revue de France où il me soit également loisible de faire l'éloge de Lénine, de Rétif de la Bretonne et du Dadaïsme, s'il me chaut. »


Deux ans après sa mort, supposée le 8 août 1936, des lettres de son écriture sont retrouvées et Jean-Pierre Weber découvre qu'un certain « Georges Dunan » publie quelques textes avec la même plume. Georges décéda à Nice en décembre 1944… (cf à ce sujet Le ROCAMBOLE, Bulletin des amis du roman populaire n° 38, printemps 2007 : "Les réducteurs de textes". 176 p., 14 euros)

Liens (pas si courants) :

endehors 

ytak 

http://www.trussel.com/prehist/lemetal.htm

Enfer

Histoires littéraires 1 

Histoires littéraires 2

Nouvelles du Caire 

 

 

 

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